La situation financière de la Collectivité Territoriale de Martinique revient au centre du débat public. Selon le diagnostic de la Chambre régionale des comptes, ou CRC, relayé mi-septembre 2026, la dette de la CTM a beaucoup augmenté ces dernières années. En même temps, ses possibilités financières ont diminué.
La question va bien plus loin que le chiffre impressionnant d’un milliard d’euros. Que veut vraiment dire cette dette ? Pourquoi a-t-elle augmenté ? Et surtout, quelles peuvent être les conséquences pour les entreprises, les investissements publics et les Martiniquais ?
Une dette en forte progression
D’après le rapport de la Chambre régionale des comptes, la dette de la CTM a augmenté de 28 % entre 2021 et 2024. Elle atteint environ 977 millions d’euros. La Chambre pense qu’elle pourrait dépasser le milliard d’euros en 2026.
Ce changement arrive alors que les dépenses de gestion ont augmenté plus vite que les recettes. En moyenne, les dépenses ont augmenté de 2,1 % par an, contre 1,2 % pour les recettes sur la période étudiée.
Cela ne veut pas dire que la CTM serait « en faillite ». Une collectivité peut emprunter, surtout pour financer ses investissements. Le point important est sa capacité à générer assez d’autofinancement pour rembourser sa dette et continuer à investir.
Pourquoi la situation inquiète la Chambre régionale des comptes ?
Le niveau de dette n’est pas le seul indicateur suivi.
La Chambre note surtout que la capacité d’autofinancement de la collectivité se dégrade. Après quelques corrections comptables, elle pense que cette capacité devient négative à partir de 2022. La CTM n’est pas d’accord avec cette façon de calculer et pense que l’indicateur reste positif jusqu’en 2024 selon certains calculs.
La collectivité reconnaît cependant une dégradation. Selon ses propres données citées dans le rapport, après remboursement du capital de la dette, sa capacité financière serait passée à moins 9 millions d’euros en 2023, puis moins 38,3 millions en 2024.
Il y a donc un désaccord sur certains calculs. Mais la Chambre et la CTM sont d’accord sur un point. Un redressement financier est nécessaire.
131 jours pour payer : un enjeu majeur pour les entreprises
C’est sans doute un des chiffres les plus liés directement à l’économie martiniquaise.
Les délais de paiement de la CTM sont passés de 65 jours en 2021 à 131 jours en 2025. Pourtant, le rapport indique que le délai réglementaire est de 30 jours.
Pour une entreprise travaillant avec une collectivité, un paiement en retard peut entraîner un problème de trésorerie. Les salaires, les fournisseurs, les locataires, les cotisations et d’autres dépenses doivent être payés pendant que l’entreprise attend le règlement.
Pour les TPE et PME qui disposent de moins de trésorerie, ce type de décalage peut donc s’avérer particulièrement difficile.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la situation financière de la CTM n’est pas seulement une question de comptabilité publique. Elle peut également avoir des effets sur l’économie locale.
Des investissements déjà revus à la baisse
Pour 2026, la CTM a déjà commencé à revoir quelques-unes de ses prévisions.
Son autorisation d’emprunt est passée de 165 millions à 109,8 millions d’euros. Le montant effectivement susceptible d’être emprunté dans l’année est plafonné à 80 millions.
Les investissements prévus pour 2026 ont aussi été réduits de 40,2 millions d’euros, sans compter les fonds européens.
Mais il faut remettre cette évolution dans le contexte d’un budget bien plus vaste. Le budget primitif 2026 de la CTM était de 1,519 milliard d’euros.
Réduire certains investissements ne signifie donc pas que tous les projets publics s’arrêtent. Cela montre plutôt qu’il faut trouver un équilibre entre les investissements, les dépenses courantes et la gestion de la dette.
Comment la CTM compte-t-elle remettre ses finances sur pied ?
La Chambre régionale des comptes fait 15 recommandations. Elles concernent surtout la fiabilité des comptes, la gestion de la trésorerie, la planification des investissements, les délais de paiement et la gestion des fonds européens.
La CTM dit qu’elle veut mettre en place toutes ces recommandations.
Un premier groupe de mesures pour économiser et augmenter les recettes a atteint presque 75 millions d’euros de mesures appliquées au 30 juin 2026. Selon la collectivité, l’effet financier réel et durable serait pourtant d’environ 26,4 millions d’euros. D’autres mesures, pour 20,8 millions, sont annoncées comme encore en cours.
Il faut aussi préparer un deuxième plan de redressement.
Dette de la CTM : quels sont les vrais enjeux pour la Martinique ?
Le débat ne devrait donc probablement pas se limiter à une question. « Un milliard d’euros de dette, est-ce beaucoup ? »
Plusieurs problèmes concrets se posent. La CTM doit réduire ses délais de paiement. Elle doit garder assez d’autofinancement. Elle doit choisir les investissements les plus importants et limiter le recours à de nouveaux emprunts. Dans le même temps, elle doit continuer à assurer les politiques publiques dont elle est responsable.
Pour Caraïbe Entrepreneurs, un autre sujet mérite une attention particulière. Il s’agit du lien entre les finances publiques et l’économie locale.
Une collectivité qui investit met de l’argent dans des infrastructures. Elle passe des marchés publics et fait travailler des entreprises. À l’inverse, quand ses marges financières se réduisent, certains investissements peuvent être décalés. Les difficultés de trésorerie peuvent aussi toucher les prestataires si les paiements arrivent en retard.
Ce qu’il faut retenir
La dette de la CTM approche un milliard d’euros. Selon la Chambre régionale des comptes, elle pourrait dépasser ce montant en 2026. Mais le montant de la dette, à lui seul, ne permet pas de comprendre la situation.
Les indicateurs à suivre seront surtout l’autofinancement, la trésorerie, les délais de paiement, le niveau des nouveaux emprunts et la capacité à garder les investissements nécessaires au développement du territoire.
L’Assemblée de Martinique doit examiner le rapport de la Chambre régionale des comptes et la réponse de l’exécutif territorial pendant la séance du 24 septembre 2026.
La question qui se pose maintenant est la suivante. Comment remettre sur pied les finances de la CTM pour de bon, tout en continuant à investir dans le développement économique et social de la Martinique ?
